2ème Bac Sciences Math · Semestre 2

Structures algébriques

Lois de composition interne, groupes, anneaux et corps : le cours complet avec démonstrations, puis 11 exercices corrigés en détail.

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notions du cours

11

exercices corrigés

100%

corrigé

01 · Le vocabulaire de base

Lois de composition interne

Une loi de composition interne combine deux éléments d'un ensemble pour en produire un troisième, dans le même ensemble.
I

Définition et exemples

Soit EE un ensemble non vide. Une loi de composition interne (l.c.i.) sur EE (on dit aussi une opération dans EE) est une application ff de E×EE\times E dans EE :

f:E×EE(x,y)f(x,y)\begin{gathered} f: E\times E \to E \\ (x,y)\longmapsto f(x,y) \end{gathered}

L'élément f(x,y)f(x,y) s'appelle le composé de xx et yy (dans cet ordre) par cette loi ; on le note le plus souvent xyx\ast y (ou xyx\cdot y, x+yx+y, xyxy, xyx\top y…) au lieu de f(x,y)f(x,y).

Exemples de lois de composition internes

L'addition et la multiplication sont des l.c.i. sur N\mathbb N, Z\mathbb Z, Q\mathbb Q, R\mathbb R et C\mathbb C.

Dans P(E)\mathcal P(E) (parties d'un ensemble EE), l'intersection \cap, la réunion \cup et la différence symétrique Δ\Delta sont des l.c.i.

Dans M2(R)\mathcal M_2(\mathbb R) (matrices carrées d'ordre 2), la somme et le produit matriciels sont des l.c.i.

Dans F(I,R)\mathcal F(I,\mathbb R) (fonctions d'un intervalle II dans R\mathbb R), la somme et le produit de deux fonctions sont des l.c.i. ; dans F(E,E)\mathcal F(E,E), la composition \circ est une l.c.i.

Contre-exemples

La soustraction n'est pas une l.c.i. sur N\mathbb N (par exemple 2N2\in\mathbb N et 3N3\in\mathbb N mais 23=1N2-3=-1\notin\mathbb N) — elle l'est en revanche sur Z\mathbb Z. De même, le produit scalaire de deux vecteurs du plan n'est pas une l.c.i. sur l'ensemble des vecteurs : le résultat est un nombre réel, pas un vecteur.

II

Parties stables

Soient (E,)(E,\ast) un ensemble muni d'une l.c.i. et FF une partie non vide de EE.

Définition

FF est stable pour \ast si et seulement si :

(x,y)F2, xyF\forall (x,y)\in F^2,\ x\ast y\in F

Si FF est stable dans (E,)(E,\ast), alors \ast induit une l.c.i. sur FF, appelée loi induite sur FF.

Exemples

L'ensemble 2Z2\mathbb Z des entiers pairs est stable pour ++ dans Z\mathbb Z (la somme de deux entiers pairs est paire), et aussi pour ×\times. L'ensemble des entiers impairs est stable pour ×\times mais pas pour ++ (la somme de deux impairs est paire).

Dans (R,×)(\mathbb R,\times), S={1;1}S=\{-1;1\} est stable, mais SS n'est pas stable dans (R,+)(\mathbb R,+) car 1S1\in S et 1S-1\in S mais 1+(1)=0S1+(-1)=0\notin S.

III

Commutativité et associativité

Soient EE un ensemble non vide et \ast une l.c.i. sur EE.

1. Commutativité

\ast est commutative     (x,y)E2, xy=yx\iff \forall (x,y)\in E^2,\ x\ast y = y\ast x.

2. Associativité

\ast est associative     (x,y,z)E3, (xy)z=x(yz)\iff \forall (x,y,z)\in E^3,\ (x\ast y)\ast z = x\ast(y\ast z). Si \ast est associative, on peut alors noter simplement xyzx\ast y\ast z.

Exemples et contre-exemples

++ et ×\times sont commutatives et associatives sur N,Z,Q,R,C\mathbb N,\mathbb Z,\mathbb Q,\mathbb R,\mathbb C, mais la soustraction n'est ni commutative ni associative : 23322-3\neq 3-2 et (23)12(31)(2-3)-1\neq 2-(3-1).

La composition \circ dans F(R,R)\mathcal F(\mathbb R,\mathbb R) est associative mais en général non commutative : avec f(x)=x+1f(x)=x+1 et g(x)=2xg(x)=2x, on a (fg)(x)=2x+1(f\circ g)(x)=2x+1 et (gf)(x)=2x+2(g\circ f)(x)=2x+2, donc fggff\circ g\neq g\circ f.

Le produit dans M2(R)\mathcal M_2(\mathbb R) n'est pas commutatif. Par exemple avec A=(1320)A=\begin{pmatrix}1&3\\2&0\end{pmatrix} et B=(0231)B=\begin{pmatrix}0&2\\3&1\end{pmatrix} :

AB=(9504)BA=(4059)\begin{gathered} AB=\begin{pmatrix}9&5\\0&4\end{pmatrix} \\ BA=\begin{pmatrix}4&0\\5&9\end{pmatrix} \end{gathered}

donc ABBAAB\neq BA.

IV

Élément neutre, élément symétrisable, élément régulier

1. Élément neutre

Définition

(E,)(E,\ast) admet un élément neutre si et seulement si :

eE, xE, ex=xe=x\exists\, e\in E,\ \forall x\in E,\ e\ast x = x\ast e = x

Théorème — unicité de l'élément neutre

Si \ast admet un élément neutre dans EE, celui-ci est unique.

Démonstration. Soient ee et ee' deux éléments neutres. Alors e=ee=ee=e\ast e'=e' (en calculant eee\ast e' de deux façons).

Exemples

00 est neutre pour ++ dans N,Z,Q,R,C\mathbb N,\mathbb Z,\mathbb Q,\mathbb R,\mathbb C ; 11 est neutre pour ×\times dans ces mêmes ensembles. \varnothing est neutre pour \cup et EE est neutre pour \cap dans P(E)\mathcal P(E). La matrice identité I2I_2 est neutre pour le produit dans M2(R)\mathcal M_2(\mathbb R).

Remarque : dans (N,+)(\mathbb N^\ast,+), il n'y a pas d'élément neutre.

2. Élément symétrisable

Définition

On suppose que (E,)(E,\ast) admet un élément neutre ee. Un élément xEx\in E est symétrisable pour \ast si et seulement si :

xE, xx=xx=e\exists\, x'\in E,\ x\ast x' = x'\ast x = e

Théorème — unicité du symétrique

Si \ast est associative et possède un élément neutre ee, et si xEx\in E admet un symétrique, celui-ci est unique.

Démonstration. Soient xx' et xx'' deux symétriques de xx. Alors x=ex=(xx)x=x(xx)=xe=xx''=e\ast x''=(x'\ast x)\ast x''=x'\ast(x\ast x'')=x'\ast e=x'.

Théorème — symétrique d'un composé

Si xx et yy sont symétrisables, de symétriques respectifs xx' et yy', alors xyx\ast y est symétrisable et :

(xy)=yx(x\ast y)' = y' \ast x'

Démonstration. (xy)(yx)=x(yy)x=xex=xx=e(x\ast y)\ast(y'\ast x') = x\ast(y\ast y')\ast x' = x\ast e\ast x' = x\ast x' = e, et de même (yx)(xy)=e(y'\ast x')\ast(x\ast y)=e.

Exemples

Dans (R,+)(\mathbb R,+), tout élément aa admet un symétrique a-a (l'opposé). Dans (R,×)(\mathbb R,\times), tout élément a0a\neq 0 admet un symétrique a1=1aa^{-1}=\dfrac1a (l'inverse) ; mais 00 n'a pas de symétrique. Dans (F(E,E),)(\mathcal F(E,E),\circ), les applications symétrisables sont exactement les bijections de EE sur EE, et le symétrique de ff est sa réciproque f1f^{-1}.

3. Élément régulier (simplifiable)

Définition

xEx\in E est régulier pour \ast si et seulement si :
(y,z)E2, xy=xzy=zet(y,z)E2, yx=zxy=z\begin{gathered} \forall (y,z)\in E^2,\ x\ast y = x\ast z \Rightarrow y=z \\ \text{et} \\ \forall (y,z)\in E^2,\ y\ast x = z\ast x \Rightarrow y=z \end{gathered}

Théorème

Si \ast est associative et possède un élément neutre, tout élément symétrisable est régulier.

Démonstration. Soit xx symétrisable de symétrique xx'. Si xy=xzx\ast y = x\ast z, alors x(xy)=x(xz)x'\ast(x\ast y)=x'\ast(x\ast z), donc (xx)y=(xx)z(x'\ast x)\ast y=(x'\ast x)\ast z, donc ey=eze\ast y = e\ast z, donc y=zy=z.

V

Morphismes de structures algébriques

« Morphisme » signifie à peu près « qui respecte la forme ». Soient (E,)(E,\ast) et (F,)(F,\top) deux ensembles munis chacun d'une l.c.i.

Définition

Une application ff de EE dans FF est un morphisme de (E,)(E,\ast) dans (F,)(F,\top) lorsque :

(x,y)E2, f(xy)=f(x)f(y)\forall (x,y)\in E^2,\ f(x\ast y) = f(x)\top f(y)

Si de plus ff est bijective, on parle d'isomorphisme. Si E=FE=F et =\ast=\top, on parle d'endomorphisme, et si en plus ff est bijective, d'automorphisme.

Exemples classiques de morphismes

exp\exp est un morphisme (même un isomorphisme) de (R,+)(\mathbb R,+) dans (R+,×)(\mathbb R^{\ast}_+,\times) : ex+y=exeye^{x+y}=e^x e^y. Sa réciproque ln\ln est un isomorphisme de (R+,×)(\mathbb R^{\ast}_+,\times) dans (R,+)(\mathbb R,+).

La conjugaison zzˉz\mapsto\bar z est un morphisme de (C,×)(\mathbb C,\times) dans lui-même (c'est même un automorphisme) : zz=zˉzˉ\overline{zz'}=\bar z\,\bar{z'}.

Théorème (transport de structure)

Soit ff un morphisme de (E,)(E,\ast) dans (F,)(F,\top). Alors :

  1. f(E)f(E) est une partie stable de (F,)(F,\top) ;
  2. si \ast est commutative dans EE, alors \top est commutative dans (f(E),)(f(E),\top) ;
  3. si \ast est associative dans EE, alors \top est associative dans (f(E),)(f(E),\top) ;
  4. si \ast admet un élément neutre ee dans EE, alors f(e)f(e) est élément neutre dans (f(E),)(f(E),\top) ;
  5. si de plus xEx\in E admet un symétrique xx' pour \ast, alors f(x)f(x) admet f(x)f(x') pour symétrique dans (f(E),)(f(E),\top).

02 · Une l.c.i. bien apprivoisée

Structure de groupe

Un groupe est un ensemble muni d'une seule loi qui est associative, possède un neutre, et où tout élément est symétrisable.
VI

Définition et exemples

Définition

Soit GG un ensemble non vide muni d'une l.c.i. \ast. On dit que (G,)(G,\ast) est un groupe si et seulement si :

  1. \ast est associative ;
  2. \ast possède un élément neutre dans GG ;
  3. tout élément de GG possède un symétrique pour \ast dans GG.

Si de plus \ast est commutative, on dit que le groupe est commutatif (ou abélien).

Exemples et contre-exemples

(Z,+)(\mathbb Z,+), (Q,+)(\mathbb Q,+), (R,+)(\mathbb R,+), (C,+)(\mathbb C,+), (Q,×)(\mathbb Q^\ast,\times), (R,×)(\mathbb R^\ast,\times), (C,×)(\mathbb C^\ast,\times) sont des groupes commutatifs.

(N,+)(\mathbb N,+) n'est pas un groupe (aucun élément non nul n'a d'opposé dans N\mathbb N). (Z,×)(\mathbb Z,\times) n'est pas un groupe (22 n'a pas d'inverse dans Z\mathbb Z).

L'ensemble des matrices carrées inversibles d'ordre 2, muni du produit matriciel, est un groupe non commutatif.

VII

Propriétés des groupes

Théorème

Soit (G,)(G,\ast) un groupe, d'élément neutre ee. Alors :

  1. l'élément neutre est unique ;
  2. tout élément de GG possède un unique symétrique dans GG ;
  3. tout élément de GG est régulier : pour aGa\in G et (x,y)G2(x,y)\in G^2, ax=ayx=ya\ast x=a\ast y\Rightarrow x=y et xa=yax=yx\ast a=y\ast a\Rightarrow x=y.

(Les points 1 et 2 ont déjà été démontrés au paragraphe précédent : un groupe est associatif et possède un neutre, donc les théorèmes d'unicité s'appliquent ; le point 3 découle du théorème « symétrisable \Rightarrow régulier ».)

Conséquence — équations dans un groupe

Soient (G,)(G,\ast) un groupe d'élément neutre ee, et (a,b)G2(a,b)\in G^2, aa' le symétrique de aa. Les équations ax=ba\ast x = b et xa=bx\ast a = b d'inconnue xGx\in G admettent chacune une unique solution :

ax=b    x=abxa=b    x=ba\begin{gathered} a\ast x = b \iff x = a'\ast b \\ x\ast a = b \iff x = b\ast a' \end{gathered}
VIII

Sous-groupes

Définition

Soient (G,)(G,\ast) un groupe et HH une partie stable de GG pour \ast. On dit que HH est un sous-groupe de (G,)(G,\ast) si et seulement si (H,)(H,\ast) (muni de la loi induite) est lui-même un groupe.

Théorème — caractérisation pratique

Soient (G,)(G,\ast) un groupe d'élément neutre ee, et HH une partie de GG. Alors HH est un sous-groupe de (G,)(G,\ast) si et seulement si :

eH(x,y)H2, xyHxH, xH\begin{gathered} e\in H \\ \forall (x,y)\in H^2,\ x\ast y\in H \\ \forall x\in H,\ x'\in H \end{gathered}

Version condensée : HH\neq\varnothing et (x,y)H2, xyH\forall (x,y)\in H^2,\ x\ast y'\in H.

Exemples

{e}\{e\} et GG sont des sous-groupes de (G,)(G,\ast), dits triviaux. nZn\mathbb Z est un sous-groupe de (Z,+)(\mathbb Z,+) pour tout nNn\in\mathbb N. L'ensemble U={zC,z=1}U=\{z\in\mathbb C, |z|=1\} est un sous-groupe de (C,×)(\mathbb C^\ast,\times).

Deux propriétés utiles

1) Si HH et KK sont deux sous-groupes de (G,)(G,\ast), alors HKH\cap K est aussi un sous-groupe de (G,)(G,\ast) (une intersection de sous-groupes est un sous-groupe).

2) Si ff est un morphisme du groupe (G,)(G,\ast) dans un ensemble (F,)(F,\top) muni d'une l.c.i., alors (f(G),)(f(G),\top) est un groupe (image d'un groupe par un morphisme).

03 · Deux lois en même temps

Anneaux et corps

Un anneau combine deux lois de composition interne liées par la distributivité ; un corps est un anneau où l'on peut « diviser ».
IX

Anneaux

1. Distributivité

Définition

Soient \ast et \top deux l.c.i. sur EE. \top est distributive sur \ast si et seulement si :
(x,y,z)E3, x(yz)=(xy)(xz) et (yz)x=(yx)(zx)\forall (x,y,z)\in E^3,\ x\top(y\ast z)=(x\top y)\ast(x\top z)\ \text{et}\ (y\ast z)\top x=(y\top x)\ast(z\top x)

2. Définition d'un anneau

Définition

Soit AA un ensemble muni de deux l.c.i. notées ++ et ×\times. (A,+,×)(A,+,\times) est un anneau si et seulement si :

  1. (A,+)(A,+) est un groupe commutatif ;
  2. ×\times est associative ;
  3. ×\times est distributive sur ++.

L'anneau est commutatif si ×\times est commutative, et unitaire si ×\times admet un élément neutre (noté 1A1_A). On note 0A0_A l'élément neutre de ++.

Exemples et contre-exemples

(Z,+,×)(\mathbb Z,+,\times), (Q,+,×)(\mathbb Q,+,\times), (R,+,×)(\mathbb R,+,\times), (C,+,×)(\mathbb C,+,\times) sont des anneaux commutatifs unitaires. (M2(R),+,×)(\mathcal M_2(\mathbb R),+,\times) est un anneau unitaire mais non commutatif. (2Z,+,×)(2\mathbb Z,+,\times) n'est pas unitaire (pas d'élément neutre pour ×\times dans 2Z2\mathbb Z).

3. Règles de calcul dans un anneau

Théorème

Soit (A,+,×)(A,+,\times) un anneau. Pour tous x,a,bAx,a,b\in A :

x×0A=0A×x=0A(a)×b=a×(b)=(a×b)\begin{gathered} x\times 0_A = 0_A\times x = 0_A \\ (-a)\times b = a\times(-b) = -(a\times b) \end{gathered}

Démonstration (1re égalité). x×0A=x×(0A+0A)=x×0A+x×0Ax\times 0_A = x\times(0_A+0_A) = x\times 0_A + x\times 0_A. Comme (A,+)(A,+) est un groupe, tout élément y est régulier ; en simplifiant par x×0Ax\times 0_A, on obtient 0A=x×0A0_A = x\times 0_A.

4. Diviseurs de zéro, anneau intègre

Définitions

Un élément a0Aa\neq 0_A de AA est un diviseur de zéro s'il existe b0Ab\neq 0_A tel que a×b=0Aa\times b=0_A (ou b×a=0Ab\times a=0_A). L'anneau AA est dit intègre s'il n'a pas de diviseur de zéro, c'est-à-dire :

(a,b)A2, a×b=0Aa=0A ou b=0A\forall (a,b)\in A^2,\ a\times b = 0_A \Rightarrow a=0_A\ \text{ou}\ b=0_A

(Z,+,×)(\mathbb Z,+,\times) est intègre. En revanche, (M2(R),+,×)(\mathcal M_2(\mathbb R),+,\times) n'est pas intègre : avec A=(1000)A=\begin{pmatrix}1&0\\0&0\end{pmatrix} et B=(0001)B=\begin{pmatrix}0&0\\0&1\end{pmatrix}, on a A0A\neq 0, B0B\neq 0 mais AB=(0000)AB=\begin{pmatrix}0&0\\0&0\end{pmatrix}.

5. Groupe des éléments inversibles

Théorème

Soit (A,+,×)(A,+,\times) un anneau unitaire. L'ensemble A×A^\times des éléments de AA inversibles pour ×\times (symétrisables), muni de ×\times, est un groupe.
X

Corps

Définition

Soit (K,+,×)(K,+,\times) un anneau unitaire. On dit que (K,+,×)(K,+,\times) est un corps si et seulement si tout élément non nul de KK est inversible pour ×\times, c'est-à-dire (K,×)(K^\ast,\times) est un groupe. Le corps est dit commutatif si ×\times est commutative.

Exemples et contre-exemples

(Q,+,×)(\mathbb Q,+,\times), (R,+,×)(\mathbb R,+,\times), (C,+,×)(\mathbb C,+,\times) sont des corps commutatifs. (Z,+,×)(\mathbb Z,+,\times) n'est pas un corps (22 n'est pas inversible dans Z\mathbb Z). (M2(R),+,×)(\mathcal M_2(\mathbb R),+,\times) n'est pas un corps (une matrice non nulle et non inversible, par exemple (1111)\begin{pmatrix}1&1\\1&1\end{pmatrix}, y existe).

Théorème — un corps n'a pas de diviseur de zéro

Dans un corps (K,+,×)(K,+,\times), un produit de facteurs est nul si et seulement si l'un des facteurs est nul :

(x,y)K2, xy=0    x=0 ou y=0\forall (x,y)\in K^2,\ xy=0 \iff x=0\ \text{ou}\ y=0

Démonstration. Si x0x\neq 0, xx est inversible : xy=0x1(xy)=0y=0xy=0 \Rightarrow x^{-1}(xy)=0 \Rightarrow y=0.

Conséquence : dans un corps, tout élément non nul est régulier pour ×\times.

À toi de jouer

Exercices · Structures algébriques

11 exercices corrigés, des lois de composition interne jusqu'aux corps. Cherche sur ton cahier, puis clique pour vérifier ta réponse.

0 / 11 vérifiés

1
Tables de composition dans ℤ/5ℤ

On munit Z/5Z={0,1,2,3,4}\mathbb Z/5\mathbb Z=\{0,1,2,3,4\} de l'addition et de la multiplication modulo 5. Dresser les tables de ++ et de ×\times, et vérifier sur ces tables que ce sont bien des lois de composition internes.

2
Une loi sur l'intervalle ]−1 ; 1[

On définit sur I=]1;1[I=\,]-1;1[ la loi \ast par xy=x+y1+xyx\ast y = \dfrac{x+y}{1+xy} pour (x,y)I2(x,y)\in I^2. Montrer que \ast est une loi de composition interne dans II.

3
Stabilité et transport de structure

On munit R\mathbb R de la loi \ast définie par xy=x+y+xyx\ast y = x+y+xy.

  1. Montrer que S=[0;+[S=[0;+\infty[ est une partie stable de (R,)(\mathbb R,\ast).
  2. Soit f:RRf:\mathbb R\to\mathbb R, f(x)=x+1f(x)=x+1. Montrer que ff est un isomorphisme de (R,)(\mathbb R,\ast) dans (R,×)(\mathbb R,\times).
  3. En déduire que \ast est commutative, associative, et déterminer son élément neutre.
  4. Déterminer l'ensemble des éléments symétrisables pour \ast et leur symétrique.
4
Une loi ni commutative ni associative

On munit R\mathbb R de la loi \ast définie par xy=2x+3y1x\ast y = 2x+3y-1. La loi \ast est-elle commutative ? Est-elle associative ?

5
Un groupe commutatif construit sur ℝ ∖ {1}

On munit E=R{1}E=\mathbb R\setminus\{1\} de la loi \ast définie par xy=x+yxyx\ast y = x+y-xy. Montrer que (E,)(E,\ast) est un groupe commutatif, et déterminer le symétrique d'un élément xEx\in E.

6
Un sous-groupe classique : les entiers pairs

Montrer que 2Z2\mathbb Z (l'ensemble des entiers relatifs pairs) est un sous-groupe de (Z,+)(\mathbb Z,+).

7
Un sous-groupe du groupe des complexes non nuls

Montrer que U={zC, z=1}U=\{z\in\mathbb C,\ |z|=1\} est un sous-groupe de (C,×)(\mathbb C^\ast,\times).

8
Une caractérisation des groupes commutatifs

Soit (G,×)(G,\times) un groupe (loi notée multiplicativement). On suppose que (a,b)G2, (ab)2=a2b2\forall (a,b)\in G^2,\ (ab)^2=a^2b^2. Montrer que GG est commutatif.

9
Diviseurs de zéro dans les matrices

Dans M2(R)\mathcal M_2(\mathbb R), exhiber deux matrices non nulles dont le produit est la matrice nulle. Que peut-on en conclure sur l'anneau (M2(R),+,×)(\mathcal M_2(\mathbb R),+,\times) ?

10
Anneau de Boole

Soit (A,+,×)(A,+,\times) un anneau tel que x2=xx^2=x pour tout xAx\in A (on dit que AA est un anneau de Boole). Montrer que x+x=0Ax+x=0_A pour tout xAx\in A, puis que AA est commutatif.

11
ℚ(√2) est un corps

Soit K=Q(2)={a+b2, (a,b)Q2}K=\mathbb Q(\sqrt2)=\{a+b\sqrt2,\ (a,b)\in\mathbb Q^2\}, muni de ++ et ×\times usuels. Montrer que (K,+,×)(K,+,\times) est un sous-anneau de (R,+,×)(\mathbb R,+,\times), puis que (K,+,×)(K,+,\times) est un corps.

Structures algébriques · Mathématiques, 2ème Bac Sciences Mathématiques, semestre 2.