2ème Bac Sciences Math · Semestre 1

Suites numériques

Monotonie, récurrence, limites, théorème de la limite monotone, suites adjacentes et suites récurrentes : le chapitre qui prépare directement l'étude rigoureuse de la convergence.

12

exercices corrigés

3

blocs de cours

100%

corrigé

01 · Les bases

Monotonie, majoration, raisonnement par récurrence

Le vocabulaire fondamental des suites, et l'outil de démonstration indispensable pour toute suite définie par récurrence.
I

Monotonie et suites bornées

Définitions

Soit (un)nn0(u_n)_{n\ge n_0} une suite réelle.
  • (un)(u_n) est croissante si, pour tout nn, un+1unu_{n+1}\ge u_n ; strictement croissante si un+1>unu_{n+1}>u_n.
  • (un)(u_n) est décroissante si, pour tout nn, un+1unu_{n+1}\le u_n ; strictement décroissante si un+1<unu_{n+1}<u_n.
  • (un)(u_n) est majorée s'il existe MRM\in\mathbb R tel que unMu_n\le M pour tout nn ; minorée s'il existe mRm\in\mathbb R tel que unmu_n\ge m pour tout nn.
  • (un)(u_n) est bornée si elle est majorée et minorée, c'est-à-dire s'il existe K0K\ge0 tel que unK|u_n|\le K pour tout nn.

Méthode — étudier le sens de variation

On étudie le signe de un+1unu_{n+1}-u_n (méthode générale), ou, si un>0u_n>0 pour tout nn, on compare un+1un\dfrac{u_{n+1}}{u_n} à 11.

Exemple résolu

Soit un=nn+1u_n=\dfrac{n}{n+1}. Étudions sa monotonie.

un+1un=n+1n+2nn+1=(n+1)2n(n+2)(n+1)(n+2)=n2+2n+1n22n(n+1)(n+2)=1(n+1)(n+2)u_{n+1}-u_n=\dfrac{n+1}{n+2}-\dfrac{n}{n+1}=\dfrac{(n+1)^2-n(n+2)}{(n+1)(n+2)}=\dfrac{n^2+2n+1-n^2-2n}{(n+1)(n+2)}=\dfrac{1}{(n+1)(n+2)}

un+1un>0u_{n+1}-u_n>0 pour tout n0n\ge0 : la suite est strictement croissante. De plus un=11n+1<1u_n=1-\dfrac1{n+1}<1 : elle est majorée par 1.

II

Raisonnement par récurrence

Principe de récurrence

Soit P(n)P(n) une propriété dépendant d'un entier nn0n\ge n_0. Si :
  • Initialisation : P(n0)P(n_0) est vraie,
  • Hérédité : pour tout nn0n\ge n_0, P(n)P(n) vraie \Rightarrow P(n+1)P(n+1) vraie,
alors P(n)P(n) est vraie pour tout nn0n\ge n_0.

C'est l'outil indispensable pour établir qu'une suite définie par récurrence reste dans un intervalle donné (stabilité), ou pour prouver une inégalité portant sur unu_n.

Exemple résolu — stabilité d'un intervalle

Soit u0=0u_0=0 et un+1=un+2u_{n+1}=\sqrt{u_n+2}. Montrons par récurrence que 0un20\le u_n\le2 pour tout nn.

Initialisation : u0=0[0,2]u_0=0\in[0,2], vrai.

Hérédité : supposons 0un20\le u_n\le2. Alors 2un+242\le u_n+2\le4, donc 2un+22\sqrt2\le\sqrt{u_n+2}\le2, c'est-à-dire 2un+12\sqrt2\le u_{n+1}\le2, donc en particulier 0un+120\le u_{n+1}\le2.

Par récurrence, 0un20\le u_n\le2 pour tout n0n\ge0.

02 · Convergence

Limite d'une suite, opérations, comparaison

La définition rigoureuse de la convergence, et les règles de calcul héritées des limites de fonctions.
III

Limite finie, limite infinie

Définition (limite finie)

La suite (un)(u_n) converge vers R\ell\in\mathbb R si :
ε>0, NN, nN:un<ε\forall\varepsilon>0,\ \exists\,N\in\mathbb N,\ \forall n\ge N:\quad |u_n-\ell|<\varepsilon

Autrement dit, unu_n se rapproche autant qu'on veut de \ell à partir d'un certain rang. On note limn+un=\displaystyle\lim_{n\to+\infty}u_n=\ell. Une suite qui ne converge pas est dite divergente (limite infinie, ou pas de limite du tout).

Propriété — unicité de la limite

Si une suite converge, sa limite est unique.

Limite infinie

limn+un=+\displaystyle\lim_{n\to+\infty}u_n=+\infty si, pour tout A>0A>0, il existe NN tel que pour tout nNn\ge N, un>Au_n>A (définition analogue pour -\infty).
IV

Opérations et théorèmes de comparaison

Opérations sur les limites

Les mêmes règles que pour les fonctions s'appliquent (somme, produit, quotient des limites), avec les mêmes formes indéterminées \dfrac\infty\infty, \infty-\infty, 0×0\times\infty, 00\dfrac00.

Théorèmes de comparaison

  • Si unvnu_n\le v_n à partir d'un certain rang et limn+un=+\displaystyle\lim_{n\to+\infty}u_n=+\infty, alors limn+vn=+\displaystyle\lim_{n\to+\infty}v_n=+\infty.
  • Si unvnu_n\le v_n à partir d'un certain rang, et si (un)(u_n) et (vn)(v_n) convergent, alors limunlimvn\displaystyle\lim u_n\le\lim v_n.
  • Théorème des gendarmes : si vnunwnv_n\le u_n\le w_n à partir d'un certain rang, et si (vn)(v_n) et (wn)(w_n) convergent vers la même limite \ell, alors (un)(u_n) converge et limun=\displaystyle\lim u_n=\ell.

Exemple résolu

Soit un=(1)nnu_n=\dfrac{(-1)^n}{n} pour n1n\ge1. Pour tout n1n\ge1 : 1nun1n-\dfrac1n\le u_n\le\dfrac1n, et limn+(±1n)=0\displaystyle\lim_{n\to+\infty}\left(\pm\dfrac1n\right)=0.

Par le théorème des gendarmes, limn+un=0\displaystyle\lim_{n\to+\infty}u_n=0.

03 · Les grands théorèmes

Théorème de la limite monotone, suites adjacentes, suites récurrentes

Les théorèmes qui permettent de prouver l'existence d'une limite — sans toujours devoir la calculer directement.
V

Théorème de la limite monotone

Théorème (admis)

  • Toute suite croissante et majorée converge (vers une limite finie).
  • Toute suite décroissante et minorée converge (vers une limite finie).
  • Toute suite croissante non majorée tend vers ++\infty.
  • Toute suite décroissante non minorée tend vers -\infty.

Attention — ce théorème donne l'existence, pas toujours la valeur

Le théorème garantit que la limite existe, mais ne dit pas combien elle vaut. On calcule ensuite la limite par d'autres moyens (souvent, si un+1=f(un)u_{n+1}=f(u_n) avec ff continue, la limite \ell vérifie f()=f(\ell)=\ell, voir plus bas).

Exemple résolu

Soit un=k=1n1k2=1+14+19++1n2u_n=\displaystyle\sum_{k=1}^{n}\dfrac1{k^2}=1+\dfrac1{4}+\dfrac1{9}+\cdots+\dfrac1{n^2}. un+1un=1(n+1)2>0u_{n+1}-u_n=\dfrac1{(n+1)^2}>0 : (un)(u_n) est strictement croissante.

De plus, pour k2k\ge2, 1k21k(k1)=1k11k\dfrac1{k^2}\le\dfrac1{k(k-1)}=\dfrac1{k-1}-\dfrac1k, donc par somme télescopique un1+(11n)<2u_n\le1+\left(1-\dfrac1n\right)<2 : (un)(u_n) est majorée par 2.

(un)(u_n) est croissante et majorée : elle converge (sa limite est en fait π2/6\pi^2/6, résultat hors-programme).

VI

Suites adjacentes

Définition

Deux suites (un)(u_n) et (vn)(v_n) sont dites adjacentes si :
  • (un)(u_n) est croissante,
  • (vn)(v_n) est décroissante,
  • limn+(vnun)=0\displaystyle\lim_{n\to+\infty}(v_n-u_n)=0.

Théorème (admis)

Si (un)(u_n) et (vn)(v_n) sont adjacentes, alors elles convergent toutes les deux, et vers la même limite \ell, avec de plus unvnu_n\le\ell\le v_n pour tout nn.

Exemple résolu

Soient un=k=0n1k!u_n=\displaystyle\sum_{k=0}^{n}\dfrac1{k!} et vn=un+1nn!v_n=u_n+\dfrac1{n\cdot n!} pour n1n\ge1.

un+1un=1(n+1)!>0u_{n+1}-u_n=\dfrac1{(n+1)!}>0 : (un)(u_n) croissante. On admet ici que (vn)(v_n) est décroissante (calcul similaire), et :

vnun=1nn!n+0v_n-u_n=\dfrac1{n\cdot n!}\xrightarrow[n\to+\infty]{}0 : les deux suites sont adjacentes, donc convergent vers la même limite (qui est ee, hors-programme).

VII

Suites récurrentes u(n+1) = f(u(n))

Méthode générale d'étude

  1. Stabilité : montrer par récurrence que unIu_n\in I pour tout nn, où II est un intervalle tel que f(I)If(I)\subset I.
  2. Monotonie : étudier le signe de f(x)xf(x)-x sur II (si ff est croissante), ou comparer directement un+1u_{n+1} et unu_n.
  3. Convergence : appliquer le théorème de la limite monotone (suite monotone et bornée).
  4. Valeur de la limite : si ff est continue sur II et unIu_n\to\ell\in I, en passant à la limite dans un+1=f(un)u_{n+1}=f(u_n) on obtient =f()\ell=f(\ell) : \ell est un point fixe de ff.

Théorème — le cas où f est croissante

Si ff est croissante sur un intervalle II stable par ff, alors la suite (un)(u_n) définie par un+1=f(un)u_{n+1}=f(u_n), u0Iu_0\in I, est monotone : croissante si u1u0u_1\ge u_0, décroissante si u1u0u_1\le u_0.

Rappel — le principe de contraction (lien avec le TAF)

Si de plus ff est kk-lipschitzienne sur II avec 0k<10\le k<1, et I\ell\in I le point fixe de ff, alors unknu00|u_n-\ell|\le k^n|u_0-\ell|\to0 : on obtient directement la convergence et une vitesse de convergence (voir le chapitre « Théorème des accroissements finis »).
VIII

Suites arithmético-géométriques

Définition et méthode

Une suite arithmético-géométrique vérifie un+1=aun+bu_{n+1}=au_n+b avec a1a\neq1. On détermine le point fixe \ell de xax+bx\mapsto ax+b, c'est-à-dire =b1a\ell=\dfrac{b}{1-a}, puis on pose vn=unv_n=u_n-\ell.
vn+1=un+1=aun+b=a(un)+(a+b)=avnv_{n+1}=u_{n+1}-\ell=au_n+b-\ell=a(u_n-\ell)+(a\ell+b-\ell)=a\,v_n

car a+b=0a\ell+b-\ell=0 (par définition de \ell). Donc (vn)(v_n) est géométrique de raison aa : vn=anv0v_n=a^n v_0, d'où :

un=+an(u0)u_n=\ell+a^n(u_0-\ell)

Si a<1|a|<1, an0a^n\to0 et unu_n\to\ell.

À toi de jouer

Série d'exercices · Suites numériques

12 exercices corrigés en détail, niveau Sciences Mathématiques. Cherche sur ton cahier, puis clique pour vérifier.

0 / 12 vérifiés

1
Monotonie par étude du signe de u(n+1) − u(n)

Soit un=2n1n+3u_n=\dfrac{2n-1}{n+3} pour n0n\ge0.

Étudier le sens de variation de (un)(u_n).

2
Monotonie par comparaison de rapport (suite à termes positifs)

Soit un=2nn!u_n=\dfrac{2^n}{n!} pour n1n\ge1.

Montrer que (un)(u_n) est décroissante à partir d'un certain rang.

3
Récurrence : stabilité d'un intervalle et majoration

Soit u0=3u_0=3 et un+1=12un+2u_{n+1}=\dfrac12 u_n+2.

Montrer par récurrence que pour tout nNn\in\mathbb N, 2un32\le u_n\le3.

4
Suite arithmético-géométrique — formule explicite et limite

Soit u0=3u_0=3 et un+1=12un+2u_{n+1}=\dfrac12 u_n+2 (suite de l'exercice précédent).

  1. Montrer que la suite vn=un4v_n=u_n-4 est géométrique, et préciser sa raison et son premier terme.
  2. En déduire unu_n en fonction de nn, puis limn+un\displaystyle\lim_{n\to+\infty}u_n.
5
Théorème des gendarmes pour une suite

Soit un=nsin(n)+nn+1u_n=\dfrac{\sqrt{n}\sin(n)+n}{n+1} pour n1n\ge1.

Calculer limn+un\displaystyle\lim_{n\to+\infty}u_n.

6
Convergence par le théorème de la limite monotone

Soit un=k=1n12k=12+14++12nu_n=\displaystyle\sum_{k=1}^{n}\dfrac1{2^k}=\dfrac12+\dfrac14+\cdots+\dfrac1{2^n}.

  1. Montrer que (un)(u_n) est croissante.
  2. Montrer que un=112nu_n=1-\dfrac1{2^n} pour tout n1n\ge1 (récurrence ou somme géométrique), en déduire qu'elle est majorée, puis qu'elle converge, et calculer sa limite.
7
Suites adjacentes

Soient un=k=1n1k2u_n=\displaystyle\sum_{k=1}^{n}\dfrac1{k^2} et vn=un+1nv_n=u_n+\dfrac1n pour n1n\ge1.

Sachant que (un)(u_n) est croissante (voir le cours) montrer que (un)(u_n) et (vn)(v_n) sont adjacentes.

8
Suite récurrente — étude complète avec f croissante

Soit f(x)=2x+3x+2f(x)=\dfrac{2x+3}{x+2} et (un)(u_n) définie par u0=0u_0=0 et un+1=f(un)u_{n+1}=f(u_n).

  1. Montrer que pour tout nn, un[0,3]u_n\in[0,\sqrt3].
  2. Étudier le signe de f(x)xf(x)-x sur [0,3][0,\sqrt3], et en déduire le sens de variation de (un)(u_n).
  3. En déduire que (un)(u_n) converge, et calculer sa limite.
9
Suite définie implicitement (existence par TVI, puis limite)

Pour n1n\ge1, on considère l'équation xn+x1=0x^n+x-1=0 d'inconnue x[0,1]x\in[0,1].

  1. Montrer que cette équation admet une unique solution un[0,1]u_n\in[0,1] (on pourra étudier gn(x)=xn+x1g_n(x)=x^n+x-1).
  2. Montrer que (un)(u_n) est croissante (on pourra comparer gn+1(un)g_{n+1}(u_n) à 00), puis qu'elle converge et déterminer sa limite.
10
Vitesse de convergence par contraction (lien avec le TAF)

Soit f(x)=13cosxf(x)=\dfrac13\cos x et (un)(u_n) définie par u0=0u_0=0, un+1=f(un)u_{n+1}=f(u_n).

  1. Montrer que f([13,13])[13,13]f\left(\left[-\dfrac13,\dfrac13\right]\right)\subset\left[-\dfrac13,\dfrac13\right], et que f(x)13\left|f'(x)\right|\le\dfrac13 sur cet intervalle.
  2. En admettant que ff possède un unique point fixe [13,13]\ell\in\left[-\dfrac13,\dfrac13\right], montrer que un13(13)n|u_n-\ell|\le\dfrac13\left(\dfrac13\right)^n, et déterminer un rang NN à partir duquel uN103|u_N-\ell|\le10^{-3}.
11
Divergence vers +∞

Soit u0=1u_0=1 et un+1=un+unu_{n+1}=u_n+\sqrt{u_n}.

  1. Montrer que pour tout nn, un1u_n\ge1, puis que (un)(u_n) est croissante.
  2. En raisonnant par l'absurde (si (un)(u_n) convergeait vers \ell), montrer que (un)(u_n) ne peut pas converger, et conclure sur sa limite.
12
Problème de synthèse — étude complète d'une suite récurrente monotone

Soit f(x)=12xf(x)=\dfrac{1}{2-x} et (un)(u_n) définie par u0=0u_0=0 et un+1=f(un)u_{n+1}=f(u_n).

  1. Montrer par récurrence que un[0,1[u_n\in[0,1[ pour tout nn.
  2. Étudier les variations de ff sur [0,1[[0,1[. En comparant u1u_1 et u0u_0, montrer que (un)(u_n) est croissante.
  3. On admet que (un)(u_n) converge vers un réel [0,1]\ell\in[0,1]. Montrer que \ell vérifie 22+1=0\ell^2-2\ell+1=0, et en déduire \ell.

Suites numériques · Mathématiques, 2ème Bac Sciences Mathématiques, semestre 1.