2ème Bac Sciences Math · Semestre 2

Espaces vectoriels

Axiomes, sous-espaces, combinaisons linéaires, familles libres et bases : le cours complet d'algèbre linéaire, puis 11 exercices corrigés en détail.

4

notions du cours

11

exercices corrigés

100%

corrigé

01 · Une nouvelle structure

Loi externe et espace vectoriel

Un espace vectoriel combine une addition entre vecteurs et une multiplication par un scalaire, liées par des règles de distributivité.
I

Loi de composition externe

Définition

Soient EE un ensemble non vide et K\mathbb K un ensemble de scalaires (ici K=R\mathbb K=\mathbb R). Une loi de composition externe sur EE à coefficients dans K\mathbb K est une application :

: K×EE(λ,x)λx\begin{gathered} \cdot\, :\ \mathbb K\times E \to E \\ (\lambda,x)\longmapsto \lambda\cdot x \end{gathered}

Exemples

Dans M2(R)\mathcal M_2(\mathbb R), la multiplication d'une matrice par un réel λ\lambda ; dans Rn\mathbb R^n, la multiplication d'un vecteur par un réel ; dans Rn[X]\mathbb R_n[X] (polynômes de degré n\leq n), la multiplication d'un polynôme par un réel ; dans F(I,R)\mathcal F(I,\mathbb R), la fonction λf\lambda\cdot f définie par (λf)(x)=λf(x)(\lambda\cdot f)(x)=\lambda f(x).

II

Définition d'un espace vectoriel réel

Définition

Soit EE un ensemble muni d'une l.c.i. ++ et d'une loi externe \cdot à coefficients dans R\mathbb R. On dit que (E,+,)(E,+,\cdot) est un espace vectoriel réel (ou R\mathbb R-espace vectoriel) si :

  1. (E,+)(E,+) est un groupe commutatif ;
  2. λ,μR, xE, (λ+μ)x=λx+μx\forall \lambda,\mu\in\mathbb R,\ \forall x\in E,\ (\lambda+\mu)\cdot x = \lambda\cdot x + \mu\cdot x ;
  3. λ,μR, xE, λ(μx)=(λμ)x\forall \lambda,\mu\in\mathbb R,\ \forall x\in E,\ \lambda\cdot(\mu\cdot x) = (\lambda\mu)\cdot x ;
  4. λR, x,yE, λ(x+y)=λx+λy\forall \lambda\in\mathbb R,\ \forall x,y\in E,\ \lambda\cdot(x+y) = \lambda\cdot x+\lambda\cdot y ;
  5. xE, 1x=x\forall x\in E,\ 1\cdot x = x.

Les éléments de EE sont appelés vecteurs, ceux de R\mathbb R des scalaires. L'élément neutre de ++ est le vecteur nul, noté 0E0_E ou 0\vec 0.

Exemples fondamentaux d'espaces vectoriels réels

(R2,+,)(\mathbb R^2,+,\cdot) et (R3,+,)(\mathbb R^3,+,\cdot) (addition et multiplication externe coordonnée par coordonnée) ; (M2(R),+,)(\mathcal M_2(\mathbb R),+,\cdot) et (M3(R),+,)(\mathcal M_3(\mathbb R),+,\cdot) ; (Rn[X],+,)(\mathbb R_n[X],+,\cdot) ; (F(I,R),+,)(\mathcal F(I,\mathbb R),+,\cdot) ; C\mathbb C lui-même, vu comme R\mathbb R-espace vectoriel (addition de complexes, multiplication par un réel).

Théorème — règles de calcul

Soit (E,+,)(E,+,\cdot) un espace vectoriel réel. Pour tous x,yEx,y\in E et λ,μR\lambda,\mu\in\mathbb R :

0x=0Eλ0E=0E(1)x=xλx=0E    λ=0 ou x=0E\begin{gathered} 0\cdot x = 0_E \qquad \lambda\cdot 0_E = 0_E \qquad (-1)\cdot x=-x \\ \lambda\cdot x = 0_E \iff \lambda=0\ \text{ou}\ x=0_E \end{gathered}

Démonstration (extrait). Dans R\mathbb R, 0+0=00+0=0, donc (0+0)x=0x(0+0)\cdot x = 0\cdot x, soit par distributivité 0x+0x=0x=0x+0E0\cdot x+0\cdot x=0\cdot x=0\cdot x+0_E. En simplifiant dans le groupe (E,+)(E,+), on obtient 0x=0E0\cdot x=0_E. Pour la réciproque de la dernière égalité : si λ0\lambda\neq 0 et λx=0E\lambda\cdot x=0_E, alors λ1(λx)=λ10E\lambda^{-1}\cdot(\lambda\cdot x)=\lambda^{-1}\cdot 0_E, soit 1x=0E1\cdot x=0_E, donc x=0Ex=0_E.

Exemple résolu — résoudre une équation vectorielle

Dans l'espace vectoriel (V2,+,)(V_2,+,\cdot), déterminer λR\lambda\in\mathbb R et uV2\vec u\in V_2 tels que (3λ2)(52λ)u=0(3\lambda-2)(5-2\lambda)\cdot\vec u = \vec 0.

D'après la règle de calcul, cette égalité équivaut à u=0\vec u=\vec 0 ou (3λ2)(52λ)=0(3\lambda-2)(5-2\lambda)=0, c'est-à-dire λ=23\lambda=\dfrac23 ou λ=52\lambda=\dfrac52.

L'ensemble des solutions est {(23,u),(52,u), uV2}{(λ,0), λR}\left\{\left(\dfrac23,\vec u\right),\left(\dfrac52,\vec u\right),\ \vec u\in V_2\right\}\cup\left\{(\lambda,\vec 0),\ \lambda\in\mathbb R\right\}.

02 · Un espace vectoriel dans un autre

Sous-espaces vectoriels

Plutôt que revérifier les 5 axiomes à chaque fois, un critère pratique suffit à reconnaître un sous-espace vectoriel.
III

Définition et caractérisation

Définition

Soient (E,+,)(E,+,\cdot) un espace vectoriel réel et FEF\subset E. On dit que FF est un sous-espace vectoriel de EE si (F,+,)(F,+,\cdot) (pour les lois induites) est lui-même un espace vectoriel réel.

Théorème — caractérisation pratique

FF est un sous-espace vectoriel de EE si et seulement si :

F (en particulier 0EF)(x,y)F2, (λ,μ)R2, λx+μyF\begin{gathered} F\neq\varnothing\ (\text{en particulier } 0_E\in F) \\ \forall (x,y)\in F^2,\ \forall(\lambda,\mu)\in\mathbb R^2,\ \lambda\cdot x+\mu\cdot y \in F \end{gathered}
stabilité par combinaison linéaire

Exemples immédiats

{0E}\{0_E\} et EE sont des sous-espaces vectoriels de EE, dits triviaux. Rn[X]\mathbb R_n[X] est un sous-espace vectoriel de F(R,R)\mathcal F(\mathbb R,\mathbb R).

Exemple résolu — une droite vectorielle de ℝ²

Montrer que F={(x,y)R2, y=2x}F=\{(x,y)\in\mathbb R^2,\ y=2x\} est un sous-espace vectoriel de R2\mathbb R^2.

FR2F\subset\mathbb R^2, et (0,0)F(0,0)\in F (car 0=2×00=2\times 0) donc FF\neq\varnothing.

Soient (x,y),(x,y)F(x,y),(x',y')\in F (donc y=2xy=2x et y=2xy'=2x') et λ,μR\lambda,\mu\in\mathbb R. Alors :

λ(x,y)+μ(x,y)=(λx+μx, λy+μy)=(λx+μx, 2λx+2μx)\lambda(x,y)+\mu(x',y') = (\lambda x+\mu x',\ \lambda y+\mu y') = (\lambda x+\mu x',\ 2\lambda x+2\mu x')

La deuxième coordonnée vaut bien 22 fois la première : le vecteur obtenu est dans FF.

Donc FF est un sous-espace vectoriel de R2\mathbb R^2 (une droite vectorielle).

03 · Fabriquer de nouveaux vecteurs

Combinaisons linéaires, familles libres et liées

Toute la richesse de l'algèbre linéaire tient dans une seule opération : combiner des vecteurs avec des coefficients.
IV

Combinaison linéaire et sous-espace engendré

Définition

Soit (x1,,xn)(x_1,\dots,x_n) une famille de vecteurs de EE. Un vecteur xx est une combinaison linéaire de cette famille s'il existe des scalaires λ1,,λnR\lambda_1,\dots,\lambda_n\in\mathbb R tels que :

x=λ1x1+λ2x2++λnxn=i=1nλixix = \lambda_1 x_1 + \lambda_2 x_2 + \cdots + \lambda_n x_n = \sum_{i=1}^n \lambda_i x_i

On dit que la famille (x1,,xn)(x_1,\dots,x_n) engendre EE (ou est génératrice de EE) si tout vecteur de EE est combinaison linéaire de x1,,xnx_1,\dots,x_n.

Théorème — sous-espace engendré

L'ensemble des combinaisons linéaires des vecteurs x1,,xnx_1,\dots,x_n est un sous-espace vectoriel de EE, le plus petit (au sens de l'inclusion) contenant ces vecteurs. On le note Vect(x1,,xn)\text{Vect}(x_1,\dots,x_n).

Exemple résolu

Dans (R2,+,)(\mathbb R^2,+,\cdot), le vecteur x3=(7,2)x_3=(7,2) est-il combinaison linéaire de x1=(1,2)x_1=(1,2) et x2=(5,1)x_2=(5,-1) ?

On cherche α,βR\alpha,\beta\in\mathbb R tels que αx1+βx2=x3\alpha x_1+\beta x_2=x_3, soit α+5β=7\alpha+5\beta=7 et 2αβ=22\alpha-\beta=2. La 2e équation donne β=2α2\beta=2\alpha-2, d'où α+5(2α2)=7    11α=17    α=1711\alpha+5(2\alpha-2)=7 \iff 11\alpha=17 \iff \alpha=\dfrac{17}{11}, puis β=1211\beta=\dfrac{12}{11}.

Oui : x3=1711x1+1211x2x_3=\dfrac{17}{11}x_1+\dfrac{12}{11}x_2.

V

Familles libres, familles liées

Définitions

Soit (x1,,xn)(x_1,\dots,x_n) une famille de vecteurs de EE.

Cette famille est libre (les vecteurs sont linéairement indépendants) si :

(λ1,,λn)Rn,  λ1x1++λnxn=0E  λ1==λn=0\forall (\lambda_1,\dots,\lambda_n)\in\mathbb R^n,\ \ \lambda_1x_1+\cdots+\lambda_nx_n=0_E \ \Longrightarrow\ \lambda_1=\cdots=\lambda_n=0

Sinon, la famille est dite liée.

Théorème — caractérisation d'une famille liée

Une famille est liée si et seulement si l'un de ses vecteurs est combinaison linéaire des autres.

Conséquences pratiques

• Une famille contenant le vecteur nul, ou deux fois le même vecteur, est toujours liée.
• Une sur-famille d'une famille liée est liée ; une sous-famille d'une famille libre est libre.
• Une famille de deux vecteurs colinéaires (proportionnels) est toujours liée.

Critère pratique par déterminant (dimension 2 ou 3)

Dans une base (i,j)(\vec i,\vec j) de EE (avec dimE=2\dim E=2), la famille (u1,u2)(\vec u_1,\vec u_2), avec u1=x1i+y1j\vec u_1=x_1\vec i+y_1\vec j et u2=x2i+y2j\vec u_2=x_2\vec i+y_2\vec j, est libre si et seulement si :

x1x2y1y2=x1y2x2y10\begin{vmatrix}x_1&x_2\\y_1&y_2\end{vmatrix} = x_1y_2-x_2y_1 \neq 0

(Critère analogue avec un déterminant 3×33\times3 pour trois vecteurs d'un espace de dimension 3.)

04 · Décrire tout l'espace en un minimum de vecteurs

Base et dimension d'un espace vectoriel

Une base est une famille libre et génératrice : elle permet de repérer chaque vecteur par des coordonnées uniques.
VI

Base, coordonnées, dimension

Définition — base

Une famille B=(x1,,xn)B=(x_1,\dots,x_n) de vecteurs de EE est une base de EE si et seulement si elle est libre et génératrice de EE, c'est-à-dire si tout vecteur xEx\in E s'écrit de façon unique :

x=λ1x1++λnxnx = \lambda_1x_1+\cdots+\lambda_nx_n

Les scalaires (λ1,,λn)(\lambda_1,\dots,\lambda_n) sont les coordonnées de xx dans la base BB.

Bases canoniques à connaître

R2\mathbb R^2 : ((1,0),(0,1))((1,0),(0,1)), dimension 22.
R3\mathbb R^3 : ((1,0,0),(0,1,0),(0,0,1))((1,0,0),(0,1,0),(0,0,1)), dimension 33.
M2(R)\mathcal M_2(\mathbb R) : ((1000),(0100),(0010),(0001))\left(\begin{pmatrix}1&0\\0&0\end{pmatrix},\begin{pmatrix}0&1\\0&0\end{pmatrix},\begin{pmatrix}0&0\\1&0\end{pmatrix},\begin{pmatrix}0&0\\0&1\end{pmatrix}\right), dimension 44.
Rn[X]\mathbb R_n[X] : (1,X,X2,,Xn)(1,X,X^2,\dots,X^n), dimension n+1n+1.

Théorème — dimension

Si EE admet une base à nn éléments, alors toutes les bases de EE ont exactement nn éléments. Ce nombre nn s'appelle la dimension de EE, notée dimE\dim E.

Conséquence utile : dans un espace de dimension nn, une famille libre de nn vecteurs est automatiquement une base (et de même pour une famille génératrice de nn vecteurs).

À toi de jouer

Exercices · Espaces vectoriels

11 exercices corrigés, des sous-espaces vectoriels jusqu'aux bases. Cherche sur ton cahier, puis clique pour vérifier ta réponse.

0 / 11 vérifiés

1
Une droite vectorielle de ℝ²

Montrer que F={(x,y)R2, y=2x}F=\{(x,y)\in\mathbb R^2,\ y=2x\} est un sous-espace vectoriel de (R2,+,)(\mathbb R^2,+,\cdot).

2
Un sous-espace de matrices

Montrer que F={(a2bba), (a,b)R2}F=\left\{\begin{pmatrix}a&2b\\b&a\end{pmatrix},\ (a,b)\in\mathbb R^2\right\} est un sous-espace vectoriel de (M2(R),+,)(\mathcal M_2(\mathbb R),+,\cdot).

3
Résoudre une équation vectorielle

Dans un espace vectoriel réel (E,+,)(E,+,\cdot), résoudre l'équation d'inconnues λR\lambda\in\mathbb R et uE\vec u\in E : (3λ2)(52λ)u=0(3\lambda-2)(5-2\lambda)\cdot\vec u = \vec 0.

4
Combinaison linéaire de deux vecteurs de ℝ²

Dans (R2,+,)(\mathbb R^2,+,\cdot), on considère x1=(1,2)x_1=(1,2) et x2=(5,1)x_2=(5,-1). Le vecteur x3=(7,2)x_3=(7,2) est-il combinaison linéaire de x1x_1 et x2x_2 ?

5
Une combinaison linéaire dans M₂(ℝ)

Dans M2(R)\mathcal M_2(\mathbb R), on pose A1=(1010)A_1=\begin{pmatrix}1&0\\1&0\end{pmatrix} et A2=(0101)A_2=\begin{pmatrix}0&1\\0&1\end{pmatrix}. Montrer que M=(3535)M=\begin{pmatrix}3&5\\3&5\end{pmatrix} est combinaison linéaire de A1A_1 et A2A_2, et que A1,A2A_1,A_2 forment une famille libre.

6
Famille libre de trois vecteurs de ℝ³

Les vecteurs x1=(1,2,1)x_1=(1,2,-1), x2=(2,1,3)x_2=(2,1,3) et x3=(0,1,1)x_3=(0,1,-1) forment-ils une famille libre de R3\mathbb R^3 ?

7
Une famille liée par colinéarité

Les vecteurs x1=(1,1,2)x_1=(1,-1,2) et x2=(2,2,4)x_2=(2,-2,4) forment-ils une famille libre de R3\mathbb R^3 ?

8
Base et dimension d'un plan vectoriel

Soit E={(x,y,z)R3, x2y+z=0}E=\{(x,y,z)\in\mathbb R^3,\ x-2y+z=0\}.
1) Montrer que EE est un sous-espace vectoriel de R3\mathbb R^3.
2) Déterminer une famille génératrice de EE, puis une base de EE. En déduire dimE\dim E.

9
Une base de ℝ₂[X] centrée en 1

Montrer que (1, (X1), (X1)2)\big(1,\ (X-1),\ (X-1)^2\big) est une base de R2[X]\mathbb R_2[X] (polynômes de degré 2\leq 2).

10
Les suites convergentes forment un sous-espace vectoriel

On note S\mathcal S l'ensemble des suites réelles, muni de sa structure naturelle de R\mathbb R-espace vectoriel. Montrer que l'ensemble CC des suites réelles convergentes est un sous-espace vectoriel de S\mathcal S.

11
Quatre vecteurs, pas une base

Dans M2(R)\mathcal M_2(\mathbb R) (de dimension 4), on considère A1=(1100)A_1=\begin{pmatrix}1&1\\0&0\end{pmatrix}, A2=(1010)A_2=\begin{pmatrix}1&0\\1&0\end{pmatrix}, A3=(0101)A_3=\begin{pmatrix}0&1\\0&1\end{pmatrix}, A4=(0011)A_4=\begin{pmatrix}0&0\\1&1\end{pmatrix}. La famille (A1,A2,A3,A4)(A_1,A_2,A_3,A_4) est-elle une base de M2(R)\mathcal M_2(\mathbb R) ?

Espaces vectoriels · Mathématiques, 2ème Bac Sciences Mathématiques, semestre 2.