Un chapitre propre à la filière Sciences Mathématiques : le théorème de Rolle, le TAF et sa preuve, l'inégalité des accroissements finis, et leurs applications aux inégalités et à la convergence des suites récurrentes.
Un cas particulier fondamental, dont le TAF n'est qu'une généralisation géométrique.
I
Théorème de Rolle
Théorème
Soit f une fonction telle que :
f est continue sur [a,b] (a<b),
f est dérivable sur ]a,b[,
f(a)=f(b).
Alors il existe au moins unc∈]a,b[ tel que :
f′(c)=0
Interprétation géométrique
Si la courbe part et revient à la même hauteur entre a et b, alors elle possède, quelque part entre les deux, une tangente horizontale.
Les trois hypothèses sont indispensables
Si l'une des trois hypothèses (continuité sur [a,b], dérivabilité sur ]a,b[, f(a)=f(b)) n'est pas vérifiée, la conclusion peut être fausse. Par exemple, f(x)=∣x∣ sur [−1,1] vérifie f(−1)=f(1)=1 et est continue sur [−1,1], mais n'est pas dérivable en 0 : il n'existe aucun c avec f′(c)=0 (car f′ vaut ±1 partout ailleurs).
Exemple résolu
Soit f(x)=x2−4x+3 sur [1,3]. Vérifions Rolle et trouvons c.
f est polynomiale donc continue sur [1,3] et dérivable sur ]1,3[. f(1)=1−4+3=0 et f(3)=9−12+3=0 : f(1)=f(3).
f′(x)=2x−4, donc f′(c)=0⟺c=2.
c=2∈]1,3[ convient : le théorème de Rolle est vérifié.
02 · Le théorème central
Théorème des Accroissements Finis
La généralisation du théorème de Rolle à deux hauteurs différentes — et sa démonstration complète.
II
Énoncé du TAF
Théorème (T.A.F.)
Soit f une fonction :
continue sur [a,b] (a<b),
dérivable sur ]a,b[.
Alors il existe au moins unc∈]a,b[ tel que :
f(b)−f(a)=f′(c)(b−a)
ou encore : f'(c) = [f(b) − f(a)] / (b − a)
Interprétation géométrique
Il existe un point c de ]a,b[ où la tangente à (Cf) est parallèle à la corde reliant les points A(a,f(a)) et B(b,f(b)).
III
Démonstration du TAF (à partir du théorème de Rolle)
On introduit la fonction auxiliaire g mesurant l'écart entre f et la corde (AB) :
g(x)=f(x)−f(a)−b−af(b)−f(a)(x−a)
g est continue sur [a,b] et dérivable sur ]a,b[ (somme de f et d'une fonction affine). De plus :
Donc g(a)=g(b) : g vérifie les hypothèses du théorème de Rolle sur [a,b]. Il existe donc c∈]a,b[ tel que g′(c)=0.
Or g′(x)=f′(x)−b−af(b)−f(a), donc :
g′(c)=0⟺f′(c)=b−af(b)−f(a)⟺f(b)−f(a)=f′(c)(b−a)
Ce qui est exactement la conclusion du TAF. ∎
IV
Une conséquence essentielle : monotonie et signe de f′
Théorème (démonstration à l'aide du TAF)
Soit f continue sur I et dérivable sur l'intérieur de I. Si f′(x)≥0 pour tout x à l'intérieur de I, alors f est croissante sur I.
Démonstration
Soient x1<x2 dans I. f est continue sur [x1,x2] et dérivable sur ]x1,x2[, donc par le TAF il existe c∈]x1,x2[ tel que f(x2)−f(x1)=f′(c)(x2−x1). Comme f′(c)≥0 et x2−x1>0, on obtient f(x2)−f(x1)≥0, donc f(x1)≤f(x2) : f est croissante sur I.
03 · L'outil pratique
Inégalité des accroissements finis et fonctions lipschitziennes
La version « inégalité » du TAF, redoutablement efficace pour majorer des écarts et prouver la convergence de suites récurrentes.
V
Inégalité des accroissements finis (I.A.F.)
Théorème
Soit f continue sur [a,b] et dérivable sur ]a,b[. S'il existe m,M∈R tels que, pour tout x∈]a,b[ :
m≤f′(x)≤M
alors :
m(b−a)≤f(b)−f(a)≤M(b−a)
Démonstration
D'après le TAF, il existe c∈]a,b[ tel que f(b)−f(a)=f′(c)(b−a). Comme m≤f′(c)≤M et b−a>0, en multipliant chaque membre par b−a : m(b−a)≤f′(c)(b−a)≤M(b−a), c'est-à-dire m(b−a)≤f(b)−f(a)≤M(b−a).
Cas particulier très utilisé — la version en valeur absolue
S'il existe k≥0 tel que ∣f′(x)∣≤k pour tout x d'un intervalle I, alors pour tous x,y∈I :
∣f(x)−f(y)∣≤k∣x−y∣
on dit que f est k-lipschitzienne sur I
VI
Applications
Application 1 — encadrer f(b) − f(a)
Soit f(x)=x sur [100,101]. Encadrons f(101)−f(100)=101−10.
f′(x)=2x1. Sur [100,101], f′ est décroissante, donc f′(101)≤f′(x)≤f′(100), c'est-à-dire 21011≤f′(x)≤201. Or 101≥10, donc 21011≤201; pour une minoration numérique simple on utilise 101≤11, d'où 221≤f′(x)≤201.
D'après l'I.A.F. : 221≤101−10≤201, soit 10,045≲101≤10,05.
Application 2 — fonction lipschitzienne et suite récurrente
Si f est k-lipschitzienne sur I stable par f (f(I)⊂I) avec 0≤k<1, et si ℓ∈I vérifie f(ℓ)=ℓ, alors pour la suite un+1=f(un) avec u0∈I :
∣un+1−ℓ∣=∣f(un)−f(ℓ)∣≤k∣un−ℓ∣
D'où, par récurrence, ∣un−ℓ∣≤kn∣u0−ℓ∣, et comme 0≤k<1, kn→0 : la suite (un) converge vers ℓ. C'est le principe de contraction, très utile pour l'étude des suites récurrentes (voir chapitre « Suites numériques »).
À toi de jouer
Série d'exercices · Théorème des Accroissements Finis
11 exercices corrigés en détail, niveau Sciences Mathématiques. Cherche sur ton cahier, puis clique pour vérifier.
0 / 11 vérifiés
1
Application directe du théorème de Rolle
Soit f(x)=x3−3x+1 sur [0,3].
Vérifier les hypothèses du théorème de Rolle sur [0,3], puis déterminer explicitement une valeur c convenable.
2
Rolle et nombre de racines d'une équation
Soit f(x)=x3−3x+c où c∈R.
En utilisant le théorème de Rolle, montrer que l'équation f(x)=0 ne peut pas admettre trois solutions distinctes dans [−1,1] (raisonner par l'absurde).
3
Application directe du TAF
Soit f(x)=x2 sur [2,5]. Déterminer la (les) valeur(s) c donnée(s) par le TAF.
4
Une inégalité classique — sinus
En appliquant le TAF à la fonction f(x)=sinx, montrer que pour tous réels a,b :
∣sina−sinb∣≤∣a−b∣
5
Encadrement d'une racine carrée
En appliquant l'inégalité des accroissements finis à f(x)=x sur [25,26], montrer que :
2261≤26−5≤101
6
Fonction lipschitzienne
Soit f(x)=x+2x définie sur I=[0,+∞[.
Calculer f′(x) et montrer que 0<f′(x)≤41 pour tout x∈I.
En déduire que f est 41-lipschitzienne sur I.
7
Convergence d'une suite récurrente par contraction
Soit f(x)=x+2x (exercice précédent) et (un) définie par u0=1 et un+1=f(un).
Vérifier que 0 est l'unique point fixe de f dans I=[0,+∞[, et que f(I)⊂I.
Montrer que pour tout n, ∣un∣≤(21)n, et en déduire n→+∞limun.
8
Encadrement de ln(1+x) via TAF
Soit f(x)=ln(1+x) sur [0,+∞[.
Montrer, en appliquant le TAF sur [0,x] (x>0), que :
1+xx≤ln(1+x)≤x
9
Étude complète d'une suite récurrente via le TAF
Soit f(x)=x+2 et (un) définie par u0=0 et un+1=un+2.
Montrer que pour tout n, un∈[0,2].
Montrer que pour tout x∈[0,2], f′(x)≤221, et en déduire que ∣un+1−2∣≤221∣un−2∣.
En déduire ∣un−2∣≤2(221)n, puis n→+∞limun.
10
Rolle généralisé et racines de la dérivée seconde
Soit f deux fois dérivable sur R, telle que f s'annule en trois points distincts a<b<c.
Montrer qu'il existe d∈]a,c[ tel que f′′(d)=0.
11
Problème de synthèse — TAF, IAF et une suite définie par une somme
On considère la fonction f(x)=x sur ]0,+∞[, et pour n≥1 entier, on pose :
En appliquant le TAF à f sur [k,k+1], montrer que pour tout entier k≥1 :2k+11≤k+1−k≤2k1.
En sommant judicieusement de telles inégalités, montrer que un est encadrée par deux expressions qui tendent vers la même limite quand n→+∞, et en déduire n→+∞limun.