2ème Bac Sciences Math · Semestre 1

Nombres complexes (Partie 1)

Au-delà de la forme algébrique : structure de corps, affixes et alignement, module et argument, racines carrées, et l'interprétation géométrique des arguments.

12

exercices corrigés

8

notions clés

100%

corrigé

01 · Un corps qui prolonge ℝ

L'ensemble ℂ, opérations et conjugué

ℂ est construit pour que toute équation du second degré ait une solution. On y retrouve toutes les règles de calcul de ℝ, mais pas sa relation d'ordre.
I

L'ensemble ℂ et la forme algébrique

Définition (admise)

Il existe un ensemble, noté C\mathbb C, muni d'une addition et d'une multiplication qui prolongent celles de R\mathbb R, tel que : RC\mathbb R\subset\mathbb C; il existe dans C\mathbb C un nombre noté ii vérifiant i2=1i^2=-1 ; et tout nombre complexe zz s'écrit de façon unique z=a+ibz=a+ib avec a,bRa,b\in\mathbb R.

Vocabulaire

  • Cette écriture s'appelle la forme algébrique de zz ; a=Re(z)a=\operatorname{Re}(z) est sa partie réelle, b=Im(z)b=\operatorname{Im}(z) sa partie imaginaire.
  • zR    Im(z)=0z\in\mathbb R\iff\operatorname{Im}(z)=0 ; zz est imaginaire pur (ziRz\in i\mathbb R)    Re(z)=0\iff\operatorname{Re}(z)=0.
  • Unicité : a+ib=a+ib    (a=a et b=b)a+ib=a'+ib' \iff (a=a' \text{ et } b=b'). En particulier a+ib=0    (a=0 et b=0)a+ib=0 \iff (a=0 \text{ et } b=0).
II

Structure de corps de ℂ

Définition

Pour z=a+ibz=a+ib et z=a+ibz'=a'+ib' :
z+z=(a+a)+i(b+b)z×z=(aabb)+i(ab+ab)z+z'=(a+a')+i(b+b') \qquad z\times z'=(aa'-bb')+i(ab'+a'b)

Propriétés algébriques

  • (C,+)(\mathbb C,+) est un groupe commutatif : associativité, commutativité, 00 neutre, tout zz a un opposé z-z.
  • (C,×)(\mathbb C^*,\times) est un groupe commutatif : associativité, commutativité, 11 neutre, tout z0z\neq0 a un inverse z1=1zz^{-1}=\dfrac1z.
  • La multiplication est distributive par rapport à l'addition : on dit que (C,+,×)(\mathbb C,+,\times) est un corps commutatif. Toutes les règles de calcul connues dans R\mathbb R (identités remarquables, puissances, binôme de Newton...) restent valables dans C\mathbb C.

Attention : ℂ n'est pas ordonné

Contrairement à R\mathbb R, il n'existe pas de relation d'ordre sur C\mathbb C compatible avec les opérations. Des écritures comme zzz\leqslant z' n'ont donc aucun sens pour des complexes non réels.
III

Le conjugué d'un nombre complexe

Définition

Le conjugué de z=a+ibz=a+ib est zˉ=aib\bar z=a-ib.

Propriétés à connaître par cœur

  • zzˉ=a2+b2z\bar z=a^2+b^2 (réel positif) ; zˉ=z\overline{\bar z}=z.
  • z+zˉ=2Re(z)z+\bar z=2\operatorname{Re}(z) ; zzˉ=2iIm(z)z-\bar z=2i\operatorname{Im}(z).
  • z+z=zˉ+zˉ\overline{z+z'}=\bar z+\bar z' ; zz=zˉzˉ\overline{zz'}=\bar z\,\bar z' ; zn=zˉn\overline{z^n}=\bar z^{\,n} ; (zz)=zˉzˉ\overline{\left(\dfrac{z}{z'}\right)}=\dfrac{\bar z}{\bar z'}.
  • zR    z=zˉz\in\mathbb R\iff z=\bar z ; zz imaginaire pur     z=zˉ\iff z=-\bar z.

02 · Un point pour chaque nombre

Affixes, alignement et module

Chaque nombre complexe devient un point (ou un vecteur) du plan. L'alignement se lit alors sur un simple quotient, et la distance devient un module.
IV

Affixe d'un point, d'un vecteur

Définition

Le plan est muni d'un repère orthonormé (O,u,v)(O,\vec u,\vec v). À z=a+ibz=a+ib on associe le point M(a,b)M(a,b), son image, et le vecteur w(a,b)\vec w(a,b). Réciproquement, zz est l'affixe de MM (noté z=aff(M)z=\operatorname{aff}(M)) et de w\vec w.

Opérations sur les affixes

  • aff(AB)=zBzA\operatorname{aff}(\overrightarrow{AB})=z_B-z_A ; aff(u+v)=aff(u)+aff(v)\operatorname{aff}(\vec u+\vec v)=\operatorname{aff}(\vec u)+\operatorname{aff}(\vec v).
  • Milieu II de [AB][AB] : zI=zA+zB2z_I=\dfrac{z_A+z_B}{2}.
  • Barycentre GG de {(A,α);(B,β)}\{(A,\alpha);(B,\beta)\} (α+β0\alpha+\beta\neq0) : zG=αzA+βzBα+βz_G=\dfrac{\alpha z_A+\beta z_B}{\alpha+\beta}.
V

Condition complexe d'alignement

Propriété

Soient A(a)A(a), B(b)B(b), C(c)C(c) trois points distincts. Les points AA, BB, CC sont alignés si et seulement si :
cabaR\dfrac{c-a}{b-a}\in\mathbb R

Pourquoi ?

A,B,CA,B,C alignés     \iff il existe kRk\in\mathbb R tel que AC=kAB\overrightarrow{AC}=k\,\overrightarrow{AB}, c'est-à-dire ca=k(ba)c-a=k(b-a), soit caba=kR\dfrac{c-a}{b-a}=k\in\mathbb R.
VI

Module d'un nombre complexe

Définition

Le module de z=a+ibz=a+ib est z=zzˉ=a2+b20|z|=\sqrt{z\bar z}=\sqrt{a^2+b^2}\geqslant0. Géométriquement, z=OM|z|=OM, et pour A(zA)A(z_A), B(zB)B(z_B) : AB=zBzAAB=|z_B-z_A|.

Propriétés à connaître par cœur

  • z=0    z=0|z|=0\iff z=0 ; zˉ=z=z|\bar z|=|z|=|-z|.
  • zz=zz|zz'|=|z||z'| ; zz=zz\left|\dfrac{z}{z'}\right|=\dfrac{|z|}{|z'|} (z0z'\neq0) ; zn=zn|z^n|=|z|^n.
  • Inégalité triangulaire : z+zz+z|z+z'|\leqslant|z|+|z'|, avec égalité ssi zz et zz' sont « positivement colinéaires ».

03 · La direction d'un nombre complexe

Argument, forme trigonométrique et racines carrées

Module et argument déterminent entièrement un nombre complexe non nul : c'est la forme trigonométrique, où multiplier revient à additionner des angles.
VII

Argument d'un nombre complexe non nul

Définition

Pour z0z\neq0 d'image MM, un argument de zz est une mesure de l'angle orienté (u,OM)(\vec u,\overrightarrow{OM}), noté arg(z)θ [2π]\arg(z)\equiv\theta\ [2\pi]. Le nombre 00 n'a pas d'argument.

Cas particuliers

  • zR+    arg(z)0 [2π]z\in\mathbb R_+^*\iff\arg(z)\equiv0\ [2\pi] ; zR    arg(z)π [2π]z\in\mathbb R_-^*\iff\arg(z)\equiv\pi\ [2\pi].
  • ziR+    arg(z)π2 [2π]z\in i\mathbb R_+^*\iff\arg(z)\equiv\dfrac{\pi}{2}\ [2\pi] ; ziR    arg(z)π2 [2π]z\in i\mathbb R_-^*\iff\arg(z)\equiv-\dfrac{\pi}{2}\ [2\pi].

Règles de calcul à connaître par cœur

  • arg(zˉ)arg(z) [2π]\arg(\bar z)\equiv-\arg(z)\ [2\pi] ; arg(z)arg(z)+π [2π]\arg(-z)\equiv\arg(z)+\pi\ [2\pi].
  • arg(zz)arg(z)+arg(z) [2π]\arg(zz')\equiv\arg(z)+\arg(z')\ [2\pi] ; arg(zn)narg(z) [2π]\arg(z^n)\equiv n\arg(z)\ [2\pi].
  • arg ⁣(1z)arg(z) [2π]\arg\!\left(\dfrac1z\right)\equiv-\arg(z)\ [2\pi] ; arg ⁣(zz)arg(z)arg(z) [2π]\arg\!\left(\dfrac{z}{z'}\right)\equiv\arg(z)-\arg(z')\ [2\pi].
VIII

Forme trigonométrique et formule de Moivre

Propriété

Tout z0z\neq0 s'écrit, avec r=zr=|z| et θ=arg(z)\theta=\arg(z) :
z=r(cosθ+isinθ)z=r(\cos\theta+i\sin\theta)

Notation [r,θ] et règles de calcul

On note parfois z=[r,θ]z=[r,\theta]. Avec z=[r,θ]z=[r,\theta] et z=[r,θ]z'=[r',\theta'] :

zz=[rr,θ+θ]1z=[1r,θ]zn=[rn,nθ]zz'=[rr',\theta+\theta'] \qquad \dfrac{1}{z}=\left[\dfrac1r,-\theta\right] \qquad z^n=[r^n,n\theta]

Formule de Moivre

Pour tout nZn\in\mathbb Z : (cosθ+isinθ)n=cos(nθ)+isin(nθ)(\cos\theta+i\sin\theta)^n=\cos(n\theta)+i\sin(n\theta), d'où zn=rn(cos(nθ)+isin(nθ))z^n=r^n\big(\cos(n\theta)+i\sin(n\theta)\big).

Notation exponentielle (formule d'Euler)

On pose eiθ=cosθ+isinθe^{i\theta}=\cos\theta+i\sin\theta. La forme trigonométrique s'écrit alors z=reiθz=re^{i\theta}, et la formule de Moivre devient (eiθ)n=einθ\big(e^{i\theta}\big)^n=e^{in\theta}.
IX

Racines carrées d'un nombre complexe

Définition

Une racine carrée de zz est un complexe uu tel que u2=zu^2=z. Tout complexe non nul admet exactement deux racines carrées, opposées l'une de l'autre.

Méthode (forme trigonométrique)

Si z=[r,θ]z=[r,\theta] (r>0r>0), ses racines carrées sont :
u1=[r,θ2]u2=u1=[r,θ2+π]u_1=\left[\sqrt r,\dfrac\theta2\right] \qquad u_2=-u_1=\left[\sqrt r,\dfrac\theta2+\pi\right]
(car u2=z    ρ2=ru^2=z\iff\rho^2=r et 2αθ [2π]2\alpha\equiv\theta\ [2\pi], avec u=[ρ,α]u=[\rho,\alpha]).

04 · Le niveau Sciences Mathématiques

Interprétation géométrique des arguments

L'argument d'un quotient d'affixes donne directement la mesure d'un angle orienté : c'est l'outil le plus puissant de ce chapitre pour la géométrie plane.
X

Angles orientés et argument

Propriété fondamentale

Soient A(a)A(a), B(b)B(b), C(c)C(c), D(d)D(d) des points deux à deux distincts. On a :
(u,OM)arg(z) [2π]\big(\vec u,\overrightarrow{OM}\big)\equiv\arg(z)\ [2\pi]
(AB,AC)arg ⁣(caba) [2π]\big(\overrightarrow{AB},\overrightarrow{AC}\big)\equiv\arg\!\left(\dfrac{c-a}{b-a}\right)\ [2\pi]
(AB,CD)arg ⁣(dcba) [2π]\big(\overrightarrow{AB},\overrightarrow{CD}\big)\equiv\arg\!\left(\dfrac{d-c}{b-a}\right)\ [2\pi]
XI

Corollaires : alignement, parallélisme, perpendicularité, cocyclicité

Quatre corollaires à connaître par cœur

  • Alignement : A,B,CA,B,C alignés     arg ⁣(caba)0 [π]\iff \arg\!\left(\dfrac{c-a}{b-a}\right)\equiv0\ [\pi].
  • Parallélisme : (AB)(CD)    arg ⁣(dcba)0 [π](AB)\parallel(CD)\iff \arg\!\left(\dfrac{d-c}{b-a}\right)\equiv0\ [\pi].
  • Perpendicularité : (AB)(CD)    arg ⁣(dcba)π2 [π](AB)\perp(CD)\iff \arg\!\left(\dfrac{d-c}{b-a}\right)\equiv\dfrac\pi2\ [\pi], ce qui équivaut à dcbaiR\dfrac{d-c}{b-a}\in i\mathbb R^*.
  • Cocyclicité : A,B,C,DA,B,C,D (avec A,B,CA,B,C non alignés) sont cocycliques ou alignés si et seulement si le birapport caba/cdbd\dfrac{c-a}{b-a}\Big/\dfrac{c-d}{b-d} est réel.

Remarque

Ces critères transforment un problème de géométrie plane (angles, perpendicularité, cercles) en un simple calcul algébrique sur des quotients de complexes : c'est toute la puissance de ce chapitre.

05 · À toi de jouer

Exercices · Nombres complexes (Partie 1)

12 exercices corrigés, au niveau Sciences Mathématiques : calculs, alignement, module, argument, forme trigonométrique, racines carrées, équations avec z et z̄, angles orientés et cocyclicité.

0 / 12 vérifiés

1
Exercice 1 · Forme algébrique
2 calculs

Écrire sous forme algébrique z1=(1+2i)(3i)z_1=(1+2i)(3-i) et z2=2i1+2iz_2=\dfrac{2-i}{1+2i}.

2
Exercice 2 · Alignement de trois points
1 démonstration

Soient A(zA=2+i)A(z_A=2+i), B(zB=5+4i)B(z_B=5+4i) et C(zC=12i)C(z_C=-1-2i). Montrer que AA, BB, CC sont alignés.

3
Exercice 3 · Triangle équilatéral (modules)
1 démonstration

Soient A(2)A(2), B(1+i3)B(-1+i\sqrt3) et C(1i3)C(-1-i\sqrt3). Montrer que le triangle ABCABC est équilatéral.

4
Exercice 4 · Ensembles de points (cercle et médiatrice)
2 études

Déterminer l'ensemble des points M(z)M(z) du plan tels que z3+4i=5|z-3+4i|=5, puis l'ensemble des points M(z)M(z) tels que z1=z+32i|z-1|=|z+3-2i|.

5
Exercice 5 · Forme trigonométrique
1 étude

Déterminer la forme trigonométrique de z=3+iz=-\sqrt3+i.

6
Exercice 6 · Racines carrées d'un nombre complexe
1 étude

Déterminer les racines carrées de z=1+i3z=1+i\sqrt3 sous forme algébrique.

7
Exercice 7 · Équation avec z et son conjugué
1 équation

Résoudre dans C\mathbb C l'équation 2z+izˉ=8+7i2z+i\bar z=8+7i.

8
Exercice 8 · Ensemble de points via U(z)
1 étude en 2 parties

Soit z=x+iyz=x+iy (x,yRx,y\in\mathbb R, ziz\neq i) et U=z1ziU=\dfrac{z-1}{z-i}. Déterminer l'ensemble des points M(z)M(z) tels que UU soit réel, puis l'ensemble des points M(z)M(z) tels que UU soit imaginaire pur non nul.

9
Exercice 9 · Angle orienté et triangle rectangle isocèle
1 démonstration

Soient A(0)A(0), B(2)B(2) et C(1+i)C(1+i). Montrer que le triangle ABCABC est rectangle et isocèle en CC.

10
Exercice 10 · Alignement par l'argument
1 démonstration

Soient A(1)A(1), B(3+2i)B(3+2i) et C(34i)C(-3-4i). En utilisant l'argument, montrer que AA, BB, CC sont alignés.

11
Exercice 11 · Cocyclicité de quatre points (birapport)
1 démonstration avancée

Soient A(1)A(1), B(i)B(i), C(1)C(-1) et D(i)D(-i). En utilisant le birapport, montrer que AA, BB, CC, DD sont cocycliques.

12
Exercice 12 · Équation à coefficients complexes et volet géométrique
1 équation + 1 étude

1) Résoudre dans C\mathbb C l'équation (E):z23z+3+i=0(E):z^2-3z+3+i=0. 2) On note AA et BB les points d'affixes les deux solutions. Montrer que le triangle OABOAB (OO étant l'origine) est isocèle.

Nombres complexes (Partie 1) · Mathématiques, 2ème année Baccalauréat Sciences Mathématiques, semestre 1.