1ère Bac Sciences · Semestre 1

Logique mathématique

Le langage de toutes les démonstrations : propositions, quantificateurs, opérations logiques et les sept types de raisonnement à connaître pour toute l'année.

7

types de raisonnement

10

exercices corrigés

100%

corrigé

01 · Le langage des démonstrations

Proposition, fonction propositionnelle, quantificateurs

Avant de démontrer quoi que ce soit, il faut savoir ce qu'est un énoncé vrai ou faux, et comment le quantifier.
I

Proposition

Définition

Une proposition est un énoncé mathématique qui a un sens et qui est soit vrai, soit faux — jamais les deux à la fois. On la note souvent PP, QQ ou RR. Si PP est vraie on écrit VV (ou 11), si elle est fausse on écrit FF (ou 00).

Exemples

  • PP : « 2 est un nombre pair » — vraie.
  • QQ : « 2+3=62+3=6 » — fausse.
II

Fonction propositionnelle

Définition

Une fonction propositionnelle est un énoncé contenant une ou plusieurs variables (xx, x,yx,y, …). On la note P(x)P(x) ou P(x,y)P(x,y). Dès qu'on remplace la variable par un élément précis, elle devient une proposition (vraie ou fausse).

Exemple

A(x)A(x) : « pour tout xx de R\mathbb R, x2=x\sqrt{x^2}=x » est une fonction propositionnelle : si x=2x=2, la proposition obtenue est vraie ; si x=3x=-3, elle est fausse.
III

Les quantificateurs

Quantificateur universel ∀

xE, Q(x)\forall x\in E,\ Q(x) se lit « pour tout xx de EE, Q(x)Q(x) ». Exemple : xR:x2=x\forall x\in\mathbb R:\sqrt{x^2}=|x|.

Quantificateur existentiel ∃

xE, Q(x)\exists x\in E,\ Q(x) se lit « il existe xx de EE tel que Q(x)Q(x) ». Exemple : xR:x+43\exists x\in\mathbb R: x+4\le3.

Le symbole ∃!

!xE, Q(x)\exists!\,x\in E,\ Q(x) signifie qu'il existe un unique xx de EE vérifiant Q(x)Q(x). Exemple : !xR:x+4=3\exists!\,x\in\mathbb R: x+4=3.

À retenir absolument

  • L'ordre de deux quantificateurs identiques ne change pas le sens : x,y\forall x,\forall y ou y,x\forall y,\forall x — même chose.
  • L'ordre de deux quantificateurs différents change tout le sens de la phrase : xR,yR,x+y>0\exists x\in\mathbb R,\forall y\in\mathbb R, x+y>0 (faux) n'est pas la même chose que yR,xR,x+y>0\forall y\in\mathbb R,\exists x\in\mathbb R, x+y>0 (vrai).
  • La négation de \forall est \exists, et la négation de \exists est \forall.

02 · Combiner des propositions

Négation, conjonction, disjonction, implication, équivalence

Cinq opérations, cinq tables de vérité — la base de toute manipulation logique.
IV

Négation, conjonction (∧), disjonction (∨)

Négation

La négation de PP, notée P\overline P ou ¬P\lnot P, a une valeur de vérité opposée à celle de PP. Propriété : P=P\overline{\overline P}=P.
PPP\overline P
1100
0011

Conjonction P ∧ Q (« et »)

Vraie seulement si PP et QQ sont toutes les deux vraies.

Disjonction P ∨ Q (« ou »)

Fausse seulement si PP et QQ sont toutes les deux fausses.
PPQQPQP\wedge Q
111111
110000
001100
000000
PPQQPQP\vee Q
111111
110011
001111
000000

Propriétés (∧ et ∨)

  • Commutativité : PQ=QPP\wedge Q=Q\wedge P ; PQ=QPP\vee Q=Q\vee P.
  • Associativité : (PQ)R=P(QR)(P\wedge Q)\wedge R=P\wedge(Q\wedge R) (idem pour \vee).
  • Lois de De Morgan : PQ=PQ\overline{P\wedge Q}=\overline P\vee\overline Q et PQ=PQ\overline{P\vee Q}=\overline P\wedge\overline Q.
  • Distributivité : P(QR)=(PQ)(PR)P\wedge(Q\vee R)=(P\wedge Q)\vee(P\wedge R), et de même pour \vee sur \wedge.
V

Implication et équivalence

Implication P ⇒ Q

La proposition PQP\Rightarrow Q est fausse uniquement dans le cas où PP est vraie et QQ est fausse. PP s'appelle l'hypothèse, QQ la conclusion.
PPQQPQP\Rightarrow Q
111111
110000
001111
000011

Vocabulaire à ne pas confondre

  • Réciproque de PQP\Rightarrow Q : c'est QPQ\Rightarrow P. Si PQP\Rightarrow Q est vraie, la réciproque n'est pas forcément vraie.
  • Contraposée de PQP\Rightarrow Q : c'est QP\overline Q\Rightarrow\overline P, et elle est toujours équivalente à PQP\Rightarrow Q.
  • Négation de l'implication : PQ=PQ\overline{P\Rightarrow Q}=P\wedge\overline Q.
  • Transitivité : [(PQ)(QR)](PR)[(P\Rightarrow Q)\wedge(Q\Rightarrow R)]\Rightarrow(P\Rightarrow R).

Équivalence P ⇔ Q

PQP\Leftrightarrow Q signifie (PQ)(QP)(P\Rightarrow Q)\wedge(Q\Rightarrow P), on lit « PP si et seulement si QQ ».
PPQQPQP\Leftrightarrow Q
111111
110000
001100
000011

03 · Sept techniques de démonstration

Les types de raisonnement

La boîte à outils qui servira toute l'année : à chaque énoncé son type de preuve adapté.
VI

Les sept raisonnements à connaître

1Par contre-exemple

Pour montrer que xE,P(x)\forall x\in E, P(x) est fausse, il suffit de trouver un xx de EE qui ne vérifie pas P(x)P(x).
Exemple : 2\sqrt2 et 2-\sqrt2 sont irrationnels, mais leur somme 00 ne l'est pas — donc « la somme de deux irrationnels est irrationnelle » est fausse.

2Par équivalences successives

Pour montrer PQP\Leftrightarrow Q, on enchaîne PQ1Q2QP\Leftrightarrow Q_1\Leftrightarrow Q_2\Leftrightarrow\cdots\Leftrightarrow Q.
Exemple : a2+b2=2ab(ab)2=0a=ba^2+b^2=2ab\Leftrightarrow(a-b)^2=0\Leftrightarrow a=b.

3Déductif (direct)

Si PQP\Rightarrow Q est vraie et que PP est donnée, alors QQ est vraie : on l'applique directement.

4Par contraposée

Pour montrer PQP\Rightarrow Q, on montre QP\overline Q\Rightarrow\overline P — souvent plus simple quand la conclusion est une négation (« \neq», « n'est pas… »).

5Par disjonction des cas

On découpe EE en plusieurs sous-ensembles et on traite chaque cas séparément — typique pour les équations avec valeur absolue.

6Par l'absurde

Pour montrer QQ, on suppose Q\overline Q vraie, et on aboutit à une contradiction avec une donnée PP (on obtient PP et P\overline P vraies en même temps, ce qui est impossible).

7Par récurrence

Pour montrer P(n)P(n) vraie pour tout nn0n\ge n_0 : on vérifie P(n0)P(n_0), on suppose P(n)P(n) vraie (hypothèse de récurrence), puis on montre P(n+1)P(n+1).

04 · Notations condensées

Les symboles Σ et Π

Deux notations qui reviendront constamment pour écrire des sommes et des produits sans les étaler.
VII

Somme Σ et produit Π

Symbole Σ (somme)

i=1nai=a1+a2++an\displaystyle\sum_{i=1}^{n}a_i=a_1+a_2+\cdots+a_n

Exemple : i=1n2i=2+4+6++2n\displaystyle\sum_{i=1}^{n}2i=2+4+6+\cdots+2n.

Symbole Π (produit)

j=1naj=a1×a2××an\displaystyle\prod_{j=1}^{n}a_j=a_1\times a_2\times\cdots\times a_n

Trois formules à connaître par cœur

i=1ni=1+2++n=n(n+1)2\displaystyle\sum_{i=1}^{n}i=1+2+\cdots+n=\dfrac{n(n+1)}{2}

i=1ni2=n(n+1)(2n+1)6\displaystyle\sum_{i=1}^{n}i^2=\dfrac{n(n+1)(2n+1)}{6}

i=1ni3=[n(n+1)2]2\displaystyle\sum_{i=1}^{n}i^3=\left[\dfrac{n(n+1)}{2}\right]^2

05 · À toi de jouer

Exercices · Logique mathématique

10 exercices corrigés, un par type de raisonnement ou presque.

0 / 10 vérifiés

1
Exercice 1 · Vrai ou faux, attention à l'ordre des quantificateurs
4 assertions

a. xR, (x+1=0 et x+2=0)\exists x\in\mathbb R,\ (x+1=0\ \text{et}\ x+2=0)

b. (xR, x+1=0) et (xR, x+2=0)(\exists x\in\mathbb R,\ x+1=0)\ \text{et}\ (\exists x\in\mathbb R,\ x+2=0)

c. xR, (x+10 ou x+20)\forall x\in\mathbb R,\ (x+1\neq0\ \text{ou}\ x+2\neq0)

d. « 136 est un multiple de 17 » et « 2 divise 167 ».

2
Exercice 2 · Quatre assertions quantifiées
4 assertions

PP : xR,yR, x+y>0\exists x\in\mathbb R,\forall y\in\mathbb R,\ x+y>0

QQ : xR,yR, x+y>0\forall x\in\mathbb R,\exists y\in\mathbb R,\ x+y>0

RR : xR,yR, x+y>0\forall x\in\mathbb R,\forall y\in\mathbb R,\ x+y>0

SS : xR,yR, y2>x\exists x\in\mathbb R,\forall y\in\mathbb R,\ y^2>x

3
Exercice 3 · Négations
3 propositions

a. PQP\Rightarrow Q

b. P et (Q et R)P\ \text{et}\ (Q\ \text{et}\ R)

c. (P et Q)(RS)(P\ \text{et}\ Q)\Rightarrow(R\Rightarrow S)

4
Exercice 4 · Raisonnement par équivalences successives
2 équivalences

a. Montrer que x,yR: x2+y22=xy    x=y\forall x,y\in\mathbb R:\ \dfrac{x^2+y^2}{2}=xy\iff x=y.

b. Montrer que, pour xRx\in\mathbb R^* : x+1x>0    x>0x+\dfrac1x>0\iff x>0.

5
Exercice 5 · Raisonnement par contre-exemple
2 assertions

a. Montrer que nN: n2+n+1\forall n\in\mathbb N^*:\ n^2+n+1 est un nombre premier, est fausse.

b. Montrer que xR: x2+x0\forall x\in\mathbb R:\ x^2+x\ge0 est fausse.

6
Exercice 6 · Raisonnement direct (identité remarquable)
2 propriétés

a. Montrer que xR+: x+9x6\forall x\in\mathbb R_+^*:\ x+\dfrac9x\ge6.

b. Montrer que xR: x2+12x\forall x\in\mathbb R:\ \dfrac{x^2+1}{2}\ge x.

7
Exercice 7 · Une inégalité avec a² + b² = 1
1 propriété

Soient aa et bb deux réels tels que a2+b2=1a^2+b^2=1. Montrer que a+b2|a+b|\le\sqrt2.

8
Exercice 8 · Raisonnement par contraposée
2 implications

a. Montrer que, pour a,b,cRa,b,c\in\mathbb R : a+b>2c(a>c ou b>c)a+b>2c\Rightarrow(a>c\ \text{ou}\ b>c).

b. Montrer que, si xyx\neq y, alors (x+1)(y1)(x1)(y+1)(x+1)(y-1)\neq(x-1)(y+1).

9
Exercice 9 · Raisonnement par l'absurde
1 propriété

Soit nNn\in\mathbb N^*. Montrer que n2+1n^2+1 n'est pas le carré d'un entier.

10
Exercice 10 · Raisonnement par récurrence
1 propriété

Montrer que, pour tout nNn\in\mathbb N, le nombre 10n(1)n10^n-(-1)^n est divisible par 1111.

Logique mathématique · Mathématiques, 1ère année Baccalauréat, semestre 1.